jeudi 12 décembre 2013

Imbroglio au cœur d’Afrique


                  



Suite au décès de Madiba, force est de constater que l’actualité africaine a mis en sourdine un autre évènement majeur, qui n’est autre que l’intervention française en République Centrafricaine. En effet, depuis la chute du régime de François Bozizé au premier trimestre de l’année 2013, le retour au calme s’est fait attendre et l’espoir d’un changement suscité grâce au coup d’Etat de Diotodia s’est avéré non fondé. Il s’est avéré non fondé en raison des violences et actes de barbaries perpétrés par les hommes en arme ayant contribué au coup d’Etat de Diotodia.
L’opération « Sangaris »  actuellement en cours répond à la résolution 2127 du Conseil de sécurité. Cette résolution entend apporter des solutions à la « faillite totale de l’ordre public, l’absence de l’état de droit et les tensions interconfessionnelles ». En un mot, l’opportunité d’une telle résolution est d’endiguer l’effritement de l’Etat centrafricain, lequel depuis près d’une année correspond parfaitement  à un « failed State[1] ». Pour mener à bien cette noble mission, sur la base du chapitre VII de la Charte des Nations Unies, a été créée la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la Centrafrique sous conduite africaine). Elle a entre autre pour mission de contribuer à protéger les civils, rétablir la sécurité et l’ordre public, créer les conditions devant permettre l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations étant dans le besoin.
La complexité dans l’application de cette résolution, c’est le rôle assez trouble que joue la France. Effet, le temps que cette force africaine ne soit mise en place, la France dans le cadre de l’opération Sangaris a obtenu l’aval du conseil de sécurité d’entrer en action sur le terrain. Sur ce, afin de mettre un terme  aux exactions interconfessionnelles, la France doit procéder aux désarmements de toutes les forces militaires en présence, que ce soit les troupes ex SELECA[2] ou encore les anti-Balaka qui depuis ont initié des affrontements interreligieux (la minorité musulmane contre la chrétienne).
Le trouble français


Il se trouve que, celle-ci  au lieu de se poser en force neutre, se mue peu à peu en force anti-celeca. La dernière sortie médiatique du président Hollande en marge du sommet de l’Elysée a de toute évidence renforcé ce sentiment. En partant de la crise post électorale en Cote d’Ivoire où, elle a réussit à se mettre à dos une partie de l’opinion publique africaine, il faut s’interroger si la France ne s’est pas inscrite dans une répétition volontaire des erreurs déjà commises en Afrique. Si le désarmement des forces en présence en RCA est une nécessité, mais l’impartialité d’une telle opération est un principe sacro-saint qui ne devrait souffrir d’aucune exception. Comment peut imaginer le désarmement uniquement des ex celeca actuellement en cours alors que les anti-Balaka peuvent encore jouir de leurs armes et se donner tranquillement aux exactions contre la minorité musulmane. La France  a intérêt de moduler son action au risque de trainer l’image sombre qu’elle a depuis le génocide rwandais de 1994.
Le rôle de l’Afrique


 On ne saurait malheureusement souligner les égarements de l’opération Sangaris si, on ne met pas en évidence la raison même qui a emmené le Conseil de sécurité à autorisé le déploiement de la France. Encore une fois, l’Afrique n’est pas au rendez vous. Elle ne l’est pas pour diverses raisons. Il y a des raisons d’ordre économique en raison du fait que l’Union Africaine n’est pas à mesure de financer une telle opération. Du point de vue logistique, l’Union Africaine ne dispose toujours pas d’une force africaine permanente à mesure de répondre à de telles exigences. Le recours à une force onusienne est le premier et l’ultime recours. Enfin du point de vue politique, la crise répond à une vaste opération d’équilibre géostratégique dans la sous région. Il faut craindre que la Centrafrique ne devienne le mouton noir de l’Afrique Centrale d’où partiront toutes les opérations de déstabilisation des Etats voisins (RDC, Tchad, Congo, Cameroun et Sud Soudan).

Toutes fois, la crise en République Centrafricaine bien que latente depuis près de 10 ans, soit après l’accès au pouvoir de François Bozizé, est une suite logique de la chute du régime du colonel Kadhafi. En effet, avec les armes fournis au ex rebelles du CNT, le Sahel est devenu un véritable non man’s land où règnent de nombreux groupes terroristes mettant en péril la paix et la sécurité dans la sous région. L’ONU est implicitement responsable de tout ce désordre, la Centrafrique n’est qu’une des nombreuses victimes collatérales  de la chute de Mouammar Kadhafi.  Elle se doit de réparer cette erreur et non replacer les Etats africains dans une logique néocoloniale.


[1] Un Etat en déliquescence ou un Etat défaillant
[2] Mouvement rebelle ayant conduit Michel Diotodia au pouvoir

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