Suite
au décès de Madiba, force est de constater que l’actualité africaine a mis en
sourdine un autre évènement majeur, qui n’est autre que l’intervention
française en République Centrafricaine. En effet, depuis la chute du régime de
François Bozizé au premier trimestre de l’année 2013, le retour au calme s’est
fait attendre et l’espoir d’un changement suscité grâce au coup d’Etat de Diotodia
s’est avéré non fondé. Il s’est avéré non fondé en raison des violences et
actes de barbaries perpétrés par les hommes en arme ayant contribué au coup d’Etat
de Diotodia.
L’opération
« Sangaris » actuellement en
cours répond à la résolution 2127 du Conseil de sécurité. Cette résolution
entend apporter des solutions à la « faillite
totale de l’ordre public, l’absence de l’état de droit et les tensions
interconfessionnelles ». En un mot, l’opportunité d’une telle
résolution est d’endiguer l’effritement de l’Etat centrafricain, lequel depuis
près d’une année correspond parfaitement
à un « failed State[1] ».
Pour mener à bien cette noble mission, sur la base du chapitre VII de la Charte
des Nations Unies, a été créée la MISCA (Mission Internationale de Soutien à la
Centrafrique sous conduite africaine). Elle a entre autre pour mission de
contribuer à protéger les civils, rétablir la sécurité et l’ordre public, créer
les conditions devant permettre l’acheminement de l’aide humanitaire aux
populations étant dans le besoin.
La
complexité dans l’application de cette résolution, c’est le rôle assez trouble
que joue la France. Effet, le temps que cette force africaine ne soit mise en
place, la France dans le cadre de l’opération Sangaris a obtenu l’aval du
conseil de sécurité d’entrer en action sur le terrain. Sur ce, afin de mettre
un terme aux exactions
interconfessionnelles, la France doit procéder aux désarmements de toutes les
forces militaires en présence, que ce soit les troupes ex SELECA[2] ou
encore les anti-Balaka qui depuis ont initié des affrontements interreligieux (la
minorité musulmane contre la chrétienne).
Le trouble français
Il
se trouve que, celle-ci au lieu de se
poser en force neutre, se mue peu à peu en force anti-celeca. La dernière
sortie médiatique du président Hollande en marge du sommet de l’Elysée a de
toute évidence renforcé ce sentiment. En partant de la crise post électorale en
Cote d’Ivoire où, elle a réussit à se mettre à dos une partie de l’opinion
publique africaine, il faut s’interroger si la France ne s’est pas inscrite
dans une répétition volontaire des erreurs déjà commises en Afrique. Si le
désarmement des forces en présence en RCA est une nécessité, mais l’impartialité
d’une telle opération est un principe sacro-saint qui ne devrait souffrir d’aucune
exception. Comment peut imaginer le désarmement uniquement des ex celeca
actuellement en cours alors que les anti-Balaka peuvent encore jouir de leurs
armes et se donner tranquillement aux exactions contre la minorité musulmane.
La France a intérêt de moduler son
action au risque de trainer l’image sombre qu’elle a depuis le génocide
rwandais de 1994.
Le rôle de l’Afrique
On ne saurait malheureusement souligner les
égarements de l’opération Sangaris si, on ne met pas en évidence la raison même
qui a emmené le Conseil de sécurité à autorisé le déploiement de la France. Encore
une fois, l’Afrique n’est pas au rendez vous. Elle ne l’est pas pour diverses
raisons. Il y a des raisons d’ordre économique en raison du fait que l’Union
Africaine n’est pas à mesure de financer une telle opération. Du point de vue
logistique, l’Union Africaine ne dispose toujours pas d’une force africaine permanente
à mesure de répondre à de telles exigences. Le recours à une force onusienne
est le premier et l’ultime recours. Enfin du point de vue politique, la crise
répond à une vaste opération d’équilibre géostratégique dans la sous région. Il
faut craindre que la Centrafrique ne devienne le mouton noir de l’Afrique
Centrale d’où partiront toutes les opérations de déstabilisation des Etats
voisins (RDC, Tchad, Congo, Cameroun et Sud Soudan).
Toutes
fois, la crise en République Centrafricaine bien que latente depuis près de 10
ans, soit après l’accès au pouvoir de François Bozizé, est une suite logique de
la chute du régime du colonel Kadhafi. En effet, avec les armes fournis au ex
rebelles du CNT, le Sahel est devenu un véritable non man’s land où règnent de
nombreux groupes terroristes mettant en péril la paix et la sécurité dans la
sous région. L’ONU est implicitement responsable de tout ce désordre, la
Centrafrique n’est qu’une des nombreuses victimes collatérales de la chute de Mouammar Kadhafi. Elle se doit de réparer cette erreur et non
replacer les Etats africains dans une logique néocoloniale.



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